Titre de la conférence
Architecture et Marges, le Low Tech dans tous ses états
Organisé par
UMR Ressources, Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Cermont-Ferrand
Lieu & Dates
Clermont-Ferrand, le 3 et 4 décembre 2019
Résumé de la conférence
Ressources explore, depuis sa création, les relations entre « architecture et marges ». Ce premier événement scientifique imaginé par Ressources, programmé le 29 novembre 2019, inaugure une série de rencontres autour de la thématique centrale des marges et propose de focaliser plus précisément les débats sur les rapports entre techniques, marges et architecture. A travers les multiples démarches expérimentales de concepteurs cherchant dans les marges de leur pratique professionnelle ou de leur discipline des ressources pour renouveler les manières de faire, la technique apparaît comme un enjeu déterminant. En effet, l’activité de conception étant intimement liée à des opérations techniques de divers ordres – dessiner, construire, programmer, raconter, etc. – l’expérimentation ne peut laisser indemnes ces différents modes de faire. se situer volontairement « à la marge » invite donc à se déplacer hors des habitudes, des solutions déjà éprouvées et, pour un architecte, à rouvrir un espace d’invention propre, réinterrogeant ses outils, ses instruments, ses méthodes, ses moyens et dispositifs techniques. La recherche d’un faire alternatif prend souvent la forme d’un retour à des logiques low tech. Mais cette exploration assumée des « basses technologies » ne se résume nullement à une attitude technophobe.
Elle peut apparaître nécessaire : • pour des raisons éthico-politiques, cherchant dans la frugalité des moyens de mise en œuvre d’une réponse responsable à des enjeux écologiques impérieux, • pour des motifs de résistance face à une aliénation du concepteur, et donc de l’architecture, aux équipements technologiques pré-formatés et homogénéisants, • comme régénération et réappropriation d’une dimension créative essentielle à l’acte d’édifier, • ou plus simplement pour des raisons pratiques dans des contextes marqués par un champ de ressources limités. Loin d’être limitative, cette liste suffit à montrer la grande hétérogénéité des motifs qui poussent un architecte à se déplacer en marge. Même si le low-tech fut par le passé souvent associé à un domaine limité aux objets techniques ou à la construction, il ne désigne plus seulement aujourd’hui les dispositifs techniques mais engage finalement une attitude en marge, plus étendue, qui se déploie au-delà des expérimentations matérielles et constructives pour investir d’autres dimensions et d’autres ordres de réalité : les espaces urbains, les modes de représentations et de conception de l’architecte et de l’urbaniste, les logiques de programmation, etc. Les territoires en marges (périphéries, interstices, délaissés, etc.) forment des milieux d’invention caractérisés par des moyens économiques faibles, des investissements politiques fragiles et une intelligence territoriale peu développée.1 Ils ont en commun d’être surexposés à des risques majeurs, à des formes de prédations diverses (de l’appropriation sauvage à la pression de la spéculation foncière) mais aussi, paradoxalement, de présenter une vacance de projets explicites ou de réflexions formulées qui ouvre un espace d’expérimentation particulièrement fertile. Ces caractéristiques invitent à adopter des modes d’action alternatifs puisant là-encore dans une intelligence technique renouvelée, et à s’écarter des solutions toutes faites, des automatismes. La technique (de description, de construction, de représentation, de programmation, etc.) n’est ainsi plus aux prises avec des logiques d’application directes de modèles ou de méthodes, mais aux prises avec des logiques d’invention, de tâtonnement, d’essais, de reprises, renouant ainsi avec une démarche qui, on l’oublie parfois, marque l’origine de toutes les « grandes inventions » que l’histoire a retenues.

Ressources explore les relations entre « architecture et marges » et inaugure, avec ce premier événement scientifique, une série de rencontres autour de la thématique centrale des marges, en proposant de se focaliser plus précisément sur les rapports entre techniques, marges et architecture. À travers les multiples démarches expérimentales de concepteurs, cherchant dans les marges de leur pratique professionnelle ou de leur discipline, des ressources pour renouveler les manières de faire, la technique apparaît comme un enjeu déterminant. Se situer volontairement « à la marge » invite donc à se déplacer hors des habitudes, des solutions déjà éprouvées, et pour un·e architecte, à rouvrir un espace d’invention propre, réinterrogeant ses outils, ses instruments, ses méthodes, ses moyens et dispositifs techniques. La recherche d’un faire alternatif prend souvent la forme d’un retour à des logiques low tech. Bien au-delà d’une attitude technophobe, elle apparaît nécessaire pour une grande hétérogénéité des motifs qui poussent un·e architecte à se déplacer « en marge ». Ce colloque, qui s’adresse aux concepteurs engagés dans une pratique réflexive et aux enseignants-chercheurs des ENSA, vise donc à réunir des contributions de divers ordres, portant sur différents champs et échelles de l’architecture, mais qui partagent le souci d’explorer des manières de faire alternatives, des techniques à la marge, et qui s’inscrivent dans une pensée féconde du low-tech. En ce sens, deux types d’échanges sont prévus : tables rondes/débats et exposition.
Abstract de communication :
Nous avons coutume de définir un espace par son programme, écartant de la pensée toute la
capabilité de l’espace‐objet, le réduisant uniquement à sa fonction, métonymiquement. Nous voyons
cette prédominance programmatique, qui initie et conditionne tout projet de conception traditionnel,
comme une réduction des potentiels spatiaux, avant même l’origine de toutes réflexions spatiales.
Qu’advient‐il alors de ces espaces métonymiquement programmés lorsque la fonction devient obsolète ?
C’est généralement tout le bâtiment qui perd son sens, précipitant son abandon. Cette vision
métonymique n’est alors pas qu’une figure de style, elle active cette substitution sur l’espace, agissant
comme une mise en impossibilité du bâtiment. Nous percevons cette mise en impossibilité comme une
libération des potentiels spatiaux, élevant les productions obsolètes au rang de ressources urbaines
latentes3. Ces espaces représentent alors un terreau fertile pour inventer des manières alternatives de
programmer et de transformer l’espace.
Or, dans le cadre d’appels à projets portant sur leur régénération, c’est encore la vision
traditionnelle de la programmation qui conditionne tout enjeu créatif : le programme fait projet, appuyé
par des références. D’ailleurs, ce sont de plus en plus les promoteurs qui se retrouvent mandataires et
les concepteurs cotraitants. L’avenir des lieux se dé‐termine de manière dé‐contextualisée, dans les
locaux du promoteur. Cette nouvelle configuration manifeste une récupération institutionnelle des
marges, opérée par un système capitaliste qui continue de favoriser l’émergence d’une ville standardisée.
Or, même les occupations « temporaires », figures de proue d’une fabrique « alternative », font naître une
nouvelle forme de standardisation des usages sur ces lieux, contribuant à vulgariser un urbanisme
transitoire dont l’objectif n’a rien de projectuel. L’occupation temporaire se termine très souvent par une
récupération institutionnelle au profit d’opérations urbaines juteuses déconnectées du projet
d’occupation, devenant ainsi faussement transitoire. Les lieux obsolètes deviennent ainsi les hôtes de
passage d’une mouvance conviviale éphémère à défaut d’être le sujet d’une amorce projectuelle et
programmatique contextualisée. Les usages s’y retrouvent d’ailleurs très souvent copiés‐collés, à l’instar
de la buvette branchée. Ces territoires marginaux ne requièrent‐ils pas des processus de transformation
marginaux ? Ne sont‐ils pas l’occasion d’expérimenter de nouveaux outils pour creuser la réversibilité
spatiale et usuelle, rendant visibles les potentiels au travers de scénarios urbains originaux ?
Dépasser ces modes de récupérations nécessite d’être à la marge de la marge, tout en trouvant
un équilibre entre « programme » et méthodologie. Nous proposons de remplacer « programmation » par
« intuitions directrices », émergeant de la valeur du site, de ses contextes, et de la capabilité de ses
espaces ressources. Le programme figé devient alors visions, scénarios, imaginaires urbains vers lesquels
on tend au travers d’un processus adaptable. Les intuitions deviennent l’ambition motrice pour mettre
en mouvement des idées et activer le projet dans une stratégie de régénération progressive, apportant
un véritable basculement opératoire. Le projet n’est alors plus ni une occupation temporaire standardisée
ni l’incarnation d’une programmation figée dans un objet urbano‐architectural terminé. Le projet devient
le processus mis en place qui permet d’atteindre concrètement les intuitions de départ, au travers d’une
démarche adaptable, inclusive et créative. On parle alors d’objectifs souples et de projet-processus.
Nous présenterons l’amorce de projet(s) en cours, qui tente(nt) d’expérimenter cette démarche, selon la
méthodologie performative déployée dans le cadre du laboratoire de recherche-projet P.E.R.F.O.R.M!.