Chroniques Hurbaines #00

Lieu du projet

Square Viger, Montréal, Québec, Canada.

Le square a été conçu à l’origine pour créer un lien entre le Vieux-Montréal et le Quartier latin après la construction de l’autoroute Ville-Marie. Il constitue un des rares vestiges encore debout de l’architecture du paysage des années 60 au Québec. (en partie démoli aujourd’hui). Érigé en 1983, le labyrinthe de béton enclavé d’Agora, conçu par l’artiste Charles Daudelin, n’a jamais vraiment trouvé l’adhésion des citoyens et est devenu, avec le temps, un repaire de toxicomanes et de sans-abri, malgré un fort potentiel et une résistance impressionnante. Ce lieu délaissé a déjà était au centre de nombreuses tentatives de régénération, qui n’ont pas abouti à sa régénération. Avec l’implantation du nouveau CHUM, la Ville de Montréal projette de réaménager le square pour répondre aux besoins des quelques milliers de travailleurs. Le projet encore à l’étude pourrait impliquer la démolition du square. Une option que rejettent le regroupement des artistes en arts visuels (RAAV) et d’autres organismes, comme Héritage Montréal. Ces organismes ont tenté de faire des gestes pour animer le square, qui abrite tout un système électrique et d’éclairages, à deux pas du quartier des spectacles, en vain.

Cette première expérimentation, transgressive, réalisée dans un but de recherche sur les actions performatives avait pour objectif de changer la perception de ce lieu afin d’explorer les potentiels que la ville ne voit pas.

Le site est aujourd’hui à moitié démoli, mais toujours en latence, ce qui contribue à renforcer le non-sens de son abandon et les problèmes criants de gestion du patrimoine au Québec.

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Histoire de l’expérimentation

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Cette expérimentation est basée sur une hypothèse théorique, cherchant à tester la pertinence de l’investigation proprioceptive (Berthoz, 1997). Il s’agit d’utiliser et d’étudier la capacité kinesthésique du corps « en mouvement ». En effet, nous pensons que l’action d’un corps « habitant » ou « créant » permet de dégager du sens et des connaissances sur l’appréciation des sites dans le cadre de la transformation performative. Ainsi, l’expérience de la danse dans les lieux, de la performance et du fait d’habiter le site par le mouvement, permettrait de dégager une acuité, un sens, une expérience de l’espace fondatrice d’intuitions spatiales.

Dans « le sens du mouvement », le philosophe parle en effet d’une anticipation par l’action et de la prise de conscience d’un sixième sens, celui du « mouvement vécu » comme source d’informations spatiales. C’est ce que nous avons expérimenté dans le cadre du projet-laboratoire  » Chroniques urbaines ».

Il s’agissait d’éprouver les structures du square Viger afin de dégager son sens ou non-sens, sa capacité ergonomique, son adaptabilité et donc ses potentialités cachées ou « à révéler ». Ces performances nous ont permis de dégager de nouvelles manières de les utiliser, de les percevoir. Ce nouveau sens et ces nouvelles lectures spatiales devaient permettre de créer une bibliothèque d’expériences permises par le site, une connaissance nécessaire, dans le but de créer de nouvelles « adaptations spatiales », afin de déclencher de nouvelles manières d’ habiter l’espace.

Ce « sens du mouvement » – on pourrait déjà parler de « sens performatif » dans le cadre de notre démarche – est en effet plus aisément perceptible et démontrable à la micro échelle urbaine. D’où le cas du square Viger.

Cette première expérimentation de l’approche kinesthésique a constitué la première étape qui a mené à la construction des processus performatifs par la suite, sur le site des usines Necchi (voir le projet). En effet, ce projet initié en 2014 avait déjà soulevé des questionnements pertinents par l’action. Ces questionnements ont largement contribué et menée à la création de P.E.R.F.O.R.M!.

Nous avions pris conscience que ces « actions performatives » développées dans ce projet-laboratoire pouvaient permettre de sauver le square Viger. Par nos actions, nous pouvions générer un nouvel engouement autour du lieu, en le présentant sous un nouveau jour aux habitants et aux décideurs politiques. Voici les constats qui avaient alors émergé du projet :

« Après tout, ce type de « performances » immersives ne prendraient-elles pas part au projet urbain ? Pourquoi ne pourraient-elles pas être intégrées au processus de projet ? Ne serait-ce pas doublement plus pertinent de chercher de nouvelles fonctions par cette méthode alors que les politiciens ne font que se battre pour décider de l’avenir de ce square et que finalement rien ne bouge, si ce n’est la destruction ? »

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L’épreuve du square Viger ne nous a pas permis de transformer durablement le lieu, puisque nous étions dans un cadre purement transgressif, le lieu n’étant finalement qu’un support d’expérimentation pour construire les processus que nous proposons aujourd’hui. Cependant, cet essai à Montréal nous a permis de construire le projet-laboratoire des Chroniques Urbaines, afin de pouvoir reconduire la méthode sur d’autres terrains de même typologie/situation.

Résumé

Performeurs

Aliénor Philbert
Lara Bouvet
Dimitri Szuter

Année

2014

Lieu

Square Viger, Montréal, CANADA

Durée

Deux demi-journées

Contextes

Mémoire de Master en architecture
sur la transformation performative
écrit par Dimitri Szuter