Pourquoi le métro se soulève t’il ?

Lieu du projet :

Infrastructure aérienne, Paris 9e, 10e, 18e et 19e, France

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Pour ce projet, nous sommes partis d’un constat, d’une expérience de notre quotidien de parisien. Vivant et travaillant dans le 19e arrondissement de Paris, nous empruntons régulièrement les espaces générés par l’infrastructure du métro aérien de la ligne 2. Longue de 2,25km, mais pourtant vécu comme un obstacle visuel et physique, l’infrastructure et les milieux qu’elle traverse ne cohabitent pas, ils souffrent d’un mal d’existence dont nous sommes sensibles. Nous avons toujours été curieux de voir le délaissement de ces 24000 m² exploitables, au sein même de deux arrondissements extrêmement denses, dont les espaces publics offerts aux habitants sont saturés. Dernièrement, la moitié de cette impressionnante superficie a été condamnée, en urgence, pour tenter de régler un problème politique majeur. Cette privation a révélé pour nous un non-lieu, un non-sens qui nous a poussés à réfléchir sur la manière dont on pourrait transformer ces espaces de rejets, en espace fédérateur. Nous souhaitons agir, pour changer la perception commune de cet objet monumental et accompagner par le FAIRE, son appropriation et sa réinsertion sociale.

 

Histoire de l’expérimentation

Notre proposition s’inscrit dans la veine de la recherche-action ou « by design ». Au travers d’un projet situé, nous soulevons une question plus large sur la place, le rôle et la perception des infrastructures fonctionnalistes qui traversent, et construisent à la fois, nos paysages urbains. « Pourquoi le métro se soulève-t-il », propose donc de répondre à la question par un processus expérimental de transformation dite « performative».

 

Pourquoi le métro se soulève-t-il ?

Cette question ouverte, représente notre approche, notre méthode d’investigation.

Cette question, d’apparence naïve, pose la question de la perception par les habitants, de cette infrastructure dans son milieu. Cet événement urbain du soulèvement, au-delà d’une réponse technique évidente, transforme considérablement le fonctionnement du quartier. Mais alors, pourquoi le métro se soulève-t-il si ce n’est pour générer des espaces de rejets ? Quels imaginaires ce soulèvement pourrait alors générer ? Nous pensons que ce soulèvement ouvre ces espaces dans un tout autre but, et nous volons révéler leurs raisons d’exister. Après une fine analyse des séquences et des potentialités de ce géant métropolitain, nous voyons l’infrastructure comme un objet capable, comme un objet ressource de la réinvention du quartier, pour et par ses habitants. Nous voulons montrer aux habitants, que ces espaces, à la limite de l’insalubre peuvent devenir un véritable lieu où s’exprime de nombreux imaginaires.

Notre travail serait de révéler ces imaginaires par deux transformations saisonnières et d’accompagner la transformation vers des horizons durables.

Il s’agit donc d’un processus de transformation, un processus de fabrication. Cette démarche active, « performative », c’est notre méthode pour amener le lieu vers une mutation inscrite dans la durée. Il n’est pas question de projeter un avenir déconnecté de la pratique du lieu, ni de tomber dans l’événementiel qui ne change pas durablement l’espace. Il est question d’habiter le lieu et d’y expérimenter des possibles à échelle 1, de manière in situ, avec l’objectif de laisser en héritage aux habitants, des dispositifs qui leur permettront petit à petit de récupérer la gestion et les usages émergés de la transformation.

Le processus se construit alors en quatre temps :

EXPÉRIMENTATION

Habiter le lieu : la résidence

Le premier éveil perceptif sera marqué par le réemploi d’un pavillon sous l’infrastructure comme lieu de résidence du collectif. La transformation de ce pavillon permettra d’établir nos conditions d’habitabilité et d’initier une première série de réappropriations légères. (Mise en lumière, ouverture du pavillon et sa réactivation dans l’espace, points d’interfaces avec les habitants, actions immersives nous permettant de dégager de la connaissance et des intuitions de transformation…) Cette résidence in situ incarne le temps de la conception du projet et commence, a éveillé des imaginaires dans le contexte immédiat.

Transformer

Cette étape de conception in vivo va permettre d’engendrer une première transformation saisonnière : pendant une durée courte, P.E.R.F.O.R.M!  et ses partenaires vont s’animer pour concrétiser les imaginaires émergés de la résidence. C’est alors que les habitants vont voir leurs espaces du quotidien chamboulés par une transformation en adéquation avec les besoins et les imaginaires de la saison (automne/hiver, printemps/été). Ils vont alors pouvoir découvrir un tout nouvel univers et nous allons accompagner les habitants et les institutions du quartier à éprouver les nouveaux imaginaires spatiaux. Nous souhaitons offrir l’opportunité aux habitants d’acquérir de nouveaux lieux où exister dans la ville, pour s’exprimer, dialoguer et s’épanouir, afin qu’ils puissent devenir acteurs de leurs espaces de vie.

Activer les imaginaires

L’inauguration de cette première transformation va permettre d’ouvrir les potentiels permis par la transformation. Nous allons orchestrer l’apprivoisement progressif et donner la place aux habitants du quartier d’explorer ces nouveaux paysages dans une temporalité longue : 4 mois, dans lesquels nous allons proposer plusieurs événements d’enchantements.

À la fin de cette période d’expérimentations autour de la transformation, nous allons laisser les dispositifs qui ont le plus marché, comme vestiges d’un enchantement passé, résidus du souvenir, faisant paraître à nouveau l’état initial de l’infrastructure et de ses milieux. Nous pensons que cet effacement soudain va donner l’occasion aux habitants de développer une empathie pour les lieux et faire apparaitre en eux, le désir de voir à nouveau leur quotidien enchanté.

Latence productive (transmission)

Une période de latence va permettre aux locaux de s’exprimer sur leurs souhaits et sur les perceptions nouvelles qu’ils aimeraient voir concrétiser, par le biais de supports d’expression sur les « restes » de l’intervention passée.

Répétition du processus expérimental

C’est à partir de toute cette connaissance et cette matière mémorielle que nous allons revenir en résidence une nouvelle fois, pour entraîner une nouvelle transformation saisonnière (printemps/été). Au travers de ces mêmes étapes, nous allons augmenter l’univers spatial d’une nouvelle réalité. Nous faisons l’hypothèse que l’implication des habitants dans ce processus, désormais connu, sera plus forte que lors de la transformation précédente, les beaux jours et les usages estivaux appuyant cette envie d’être dehors.

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TRANSMISSION

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Lègues

L’effacement de ce nouvel imaginaire ne sera pas total encore une fois et nous prévoyons de laisser en héritage des dispositifs fonctionnels qui seront alors proposés en gestion aux commerçants, habitants et institutions les plus impliquées.

Exposition in situ

Ces dispositifs deviendront alors supports d’une exposition hors les murs et in situ de cette année de transformation passée, qui pourraient être reléguées et complétées par une exposition de retranscription hors site au pavillon de l’arsenal.

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EXPERTISE

Productions scientifique

Cette année expérimentale fera alors l’objet d’un temps de gestation et de réflexion autour des résultats du processus. Les dispositifs laissés continueront d’offrir des possibles aux habitants. Une production d’articles scientifiques sur la connaissance dégagée est prévue ainsi qu’un mini ouvrage retranscrivant tout le processus sera en projet (conseil scientifique).

Expertise performative

Toute la connaissance émergée par le processus sera diffusée au travers de ces travaux d’expertises qui permettrons de proposer deux issues de pérennisation.

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PÉRENNISATION

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Nous pensons alors ouvrir ces résultats le plus largement possible et proposer, sur la base de toutes ces explorations, d’étoffer les dispositifs laissés afin de construire un projet plus pérenne, à partir des imaginaires qui auront le plus fonctionné. Nous proposons deux issues de pérennisation.

– Pérennisation du projet opérée par P.E.R.F.O.R.M!  et ses partenaires.

– Ouverture sur un concours à partir de l’expertise performative.

Résumé

Performeurs

Julie Andrade
Raphaël Jolly
Dimitri Szuter

Année

2017

Lieu

Paris 18e, 19e, FRANCE